Témoignages

Eloge au mouvement
A Marie-Hélène pour un instant vécu un 1er septembre 2006
Témoignage du chef de service d'un IMP après une petite expérience proposée à tout le personnel en septembre dernier!

De quoi nous parles-tu ?
De l’éveil à notre corps
D’un saut en parachute hors de notre moi ?
Des traces premières d’un moi lointain ?
Notre question devient espace
Où chacun avance vers soi-même.
Et le moi se détache de soi,
Ouvrant un espace à la présence de l’autre,
Dans le toucher d’abord, dans l’imitation ensuite,
Pour se voir en soi, se retrouver.
Dans la grâce d’une soudaine assurance,
Cet espace que chacun donne à l’autre devient mouvement
Puis langage
De cette nouvelle naissance à soi
Il faut,
Que de l’autre je me désenchante
Pour revenir dans mon espace.

 

de Julien, poly-handicapé, commentant son travail en Eutonie:

"A vec Marie-Hélène, on met les morceaux ensemble, dans le même sac. C'est très important, et puis on allume la lumière !"

Une expérience, parmi d'autres, de mes premiers pas en Eutonie :

Couchés à plat ventre sur le tapis, nous avions à expérimenter un exercice de repoussé du sol avec une main.
Je me suis mise à faire de mon mieux, tout en ne comprenant pas du tout comment faire, ni pourquoi. Mais je me suis obstinée, essayant et réessayant ; j'y arriverai !
En moi montaient des émotions peu agréables : l'impression d'être abandonnée, l'envie d'envoyer tout promener, de me révolter, même de pleurer, quel fouillis !
Marie-Hélène nous encourageait à juste observer, juste accepter ce qui était là au moment présent.
Moi pour l'instant, je ne comprenais pas non plus ceci, je voulais juste "réussir"!
Les jours suivants, j'ai ressenti les muscles de mes épaules "engourdis", comme si j'avais fait une marche d'une journée avec un sac à dos. Et quand j'ai partagé ce fait la semaine suivante avec le groupe, Marie-Hélène a juste fait remarquer qu'il y a toujours un chemin pour parvenir à son but avec le moindre effort. Si celui emprunté n'est pas efficace, on peut en chercher un autre.
Cette fois ça m'a parlé !
Depuis, j'ai trouvé un de ces chemins-là (je fais, en général, le repoussé avec plus de facilité, de plaisir et surtout de curiosité), mais ce n'est pas le plus important ! J'ai pu apprivoiser et assouplir une partie de mes "rigidités" !
Grâce à une expérience concrète au niveau de mon corps, j'ai pu expérimenter au niveau de mon être : faire émerger et venir à ma conscience une de mes habitudes de fonctionner dans la vie, et envisager l'idée d'en "voir" d'autres. L'eutonie m'a fait découvrir un outil pour, très en douceur, et à mon rythme, apprivoiser les raideurs de mon corps et la vie.
Et sur ce chemin, Marie-Hélène nous accompagne avec un rare respect.

N. le 5/1/2005

Relâcher ses tensions, mieux sentir son corps, ce corps qui se transforme, c'est mieux sentir aussi cet autre être qui grandit en soi, c'est mieux entrer en relation avec lui : une recherche, une conquête merveilleuse...

Chantal 2004

L'eutonie est un lieu et un moment où j'apprends à vivre l'instant présent le plus intensément possible : je m'accueille moi-même avec tout ce que je suis : mes pensées, mes émotions, mes sensations, mon corps. J'ai appris à apprivoiser et aimer ce corps qui m'a été donné pour vivre en un lieu et en un moment précis de l'histoire. Par les exercices, je suis présente ici et maintenant, avec tout ce que je suis. Si des pensées me retournent en arrière ou me projettent en avant, je les accueille, là, et me recentre là où je suis, à cette jambe par exemple qu'on me demande de bouger. L'expérience la plus forte que j'aie faite, plusieurs fois, c'est que lorsque je suis totalement dans l'instant présent, le temps qui passe n'existe plus. Deux heures sont comme un court instant et je vis une intensité de Joie et de Vie extraordinaire.

M.T. le 16/06/2004

Je voudrais faire l'effort de clarifier ce que je vis ces derniers temps et qui me semble intimement lié au travail que nous faisons ensemble. Depuis une semaine, je travaille tous les jours ; "repoussés", roulades arrières ( la raideur de ma colonne m'a beaucoup frappé) découvrant ce que tu nommes, je crois, les espaces intérieurs,...

Je découvrais hier soir, une peau quelque peu en lambeaux, mais ce constat, curieusement, ne m'a pas perturbée. A la fin du cours, dans le bonheur du "bouger", il n'y avait quasiment plus d'obstacles à l'intérieur, plus de limite, une expansion extraordinaire...

Ce matin je me réveille à 5h pleurant à chaudes larmes, calmement, libérant des choses confuses, mais revivant aussi assez clairement ce que je viens d'écrire et qui m'ancre aujourd'hui dans une plus grande unité physique et spirituelle.

J. 12 2004

Le groupe a 10 ans !

C’est pour moi l’occasion de reprendre mes cahiers d’eutonie.

1° ça a démarré au stage à Rosheim du 10 au 14 juillet 1987 : j’avais alors besoin d’une bouée de sauvetage. Durant les premières séances, j’étais paralysée au sol dans un état de tristesse intense. Malgré les paroles de liberté de Marie-Hélène, ou justement à cause d’elles, je découvrais l’incapacité dans laquelle j’étais de me mettre en mouvement. Sur le sol je n’avais que quelques tout petits points d’appui, sans aucune continuité. A la 5° séance de ce stage, j’arrive à bouger, à me lever, concentrée sur le corps qui repousse et qui me met debout, et même, seule devant tous ! Peu à peu, à l’aide des petits bambous, j’ai pu entrer naturellement dans le mouvement, les autres m’y emmenaient m’aidant à dépasser de vieilles limites. Les œuvres de chacun me font éprouver combien la différence est une richesse.

2° En 1994, quand ce groupe s’est constitué, je venais de prendre ma retraite, de me casser le poignet gauche ; c’était une période de douleurs multiples qui durent, qui vont et viennent encore et encore. Petit à petit, je découvrais que mon corps mémoire était porteur de mes émotions, de mes pensées. Le travail d’eutonie me proposait une nouvelle remise en route, une acceptation pour pouvoir aller plus loin. Pendant des années (9 ans), puis en juin 96 j’ai commencé à me mettre sur la couverture à la maison ; puis cela est devenu une nécessité, et j’ai vécu des moments intéressants où j’ai pu, seule, expérimenter des sensations, des progrès, des changements, et être bien avec moi-même. Au cours d’un stage au Hohwald, la danse, le mouvement ont été source de plaisir, je sortais de l’enfermement pour expérimenter l’essence de la vie. L’eutonie m’a aidée à me mettre debout avec entre autres le travail de redressement, le travail sur les ischions. Au début, je n’arrivais pas à garder mon dos droit, j’étais tout de suite fatiguée et je me courbais. Aujourd’hui, je peux rester assise, droite, sans fatigue. Je sors de mieux en mieux d’un comportement de victime ; la maladie n’est plus quelque chose qui me « tombe dessus », mais quelque chose dont je suis responsable.

3° Après toutes ces années, je retrouve des problématiques identiques, qui font partie de mon histoire, mais je peux les observer de mieux en mieux, sans jugement ; je peux accompagner et laisser émerger de plus en plus tout ce qui fait un être humain. Je sors petit à petit du « reniement » de ce que je suis et que je voyais mieux chez les autres. Mon programme actuel : c’est d’aller vers qui je suis, sans me laisser happer par ce qui n’est que des parties de moi-même.

4° Pour terminer, je voudrais remercier le groupe qui est porteur de l’énergie et du mystère de chacun. Merci à Marie-Hélène qui nous aide avec patience à retrouver notre sens corporel, à nous enraciner fortement pour libérer nos bras, notre corps, notre tête, et à être dans la danse de la Vie !

 

 

Quand j’ai découvert l’eutonie en 1993, j’étais complètement en dehors de mon corps physique, mais je ne le savais pas. J’étais alors gelé de la tête aux pieds et je mourais à petit feu, sans que personne ne puisse m’aider. Lors de cette première séance, (c’était un stage d’une semaine), j’ai fait un modelage ; je n’ai compris que des mois plus tard, qu’il représentait très clairement le démon en moi. Pendant les premières années, le travail en eutonie a consisté, pour moi, à revenir dans mes limites corporelles, (la peau, le ressenti de mon corps), et à lâcher sur la bûche, les balles, etc, tout ce qui m’en faisait sortir : les pulsions, les envies, le raz le bol, la haine, le pouvoir. Peu à peu, à travers des exercices durs et parfois magnifiques, j’ai repris possession de mon corps, et mes limites devenaient chaque jour plus claires. Mon quotidien s’améliorait aussi : famille, enfants, relation, travail. Souvent j’ai replongé dans des épisodes très sombres et très durs, mais en m’accrochant à ce travail de lumière et d’amour corporel, j’ai toujours pu aller plus loin, et je continue, pour aller de plus en plus loin. Je commençais doucement à sentir poindre quelques morceaux d’os. Marie-Hélène se « moquait » parfois gentiment de moi, ou bien me « grondait » sévèrement, mais j’en avais vraiment besoin ! Je me suis peu à peu sorti du plus gros, du mal qui se cachait en moi, sous forme de grosses tensions, et en même temps apparaissaient gentillesse, douceur, amour, tendresse, et aussi chance, argent ! J’ai alors choisi librement de continuer ce travail de rencontre avec moi-même, avec l’autre, que je trouvais au fond de mon corps et à l’intérieur de mes limites. Cet autre, je le rencontre désormais dans mon quotidien, et il chante et danse au fond de moi-même et touche les gens qui m’entourent. Mais ce n’est pas fini, parfois ça ne va pas du tout, et il me faut continuer pour aller vers le encore mieux…

C. mars 2005

Une année peut-être, après avoir commencé à pratiquer l'Eutonie, j'ai fait une nuit ce rêve :

J'habitais dans une toute petite maison, vraiment toute petite, avec toute ma famille. Un jour, je passe la porte de la grange, en fait le tour, et découvre d'innombrables possibilités d'agrandir, d'investir cette grange toute sombre,...mais tellement... riche !

Dans la journée suivante, le rêve m'apparaît soudain à la conscience, et je me sens en même temps portée par une joie et un immense espoir.

Quelques semaines plus tard, je rêve à nouveau de cette maison, de cette grange, mais en plus, une autre famille ayant besoin d'un logement, nous étions tous actifs à poncer les poutres, peindre les murs en blanc, d'une partie de cet espace inhabité.

C'est pour moi une image très parlante de mon vécu du travail de l'Eutonie :

- rentrer dans mon corps, ma maison

- chercher à en éclairer les zones d'ombre, parfois découvrir, rénover, vivifier

et découvrir un jour en moi un nouveau courage, une capacité nouvelle d'initiative, dont je ne me serais pas crue capable.

Parallèlement à ce nouveau contact avec moi-même, développer le contact avec les autres, et avec le présent et découvrir, émerveillée, dans un exercice de mouvement par exemple, le synchronisme entre tous, le metteur en scène invisible.

H. 02 2005

J'ai eu beaucoup de mal à m’y mettre pour ce témoignage, je ne sais pas par où commencer. Un jour j'ai rencontré Marie-Hélène, et l’eutonie... et moi-même ! Je viens de faire un stage. J’en ai fait pas mal depuis douze ans, mais à chaque fois c'est le premier, l'unique, même si je garde un lien avec le dernier, qui était aussi unique.

On met mon corps par terre. Je ne peux pas le faire toute seule, je suis en fauteuil roulant.

Je frotte ma peau autant que possible sur la couverture. À chaque fois je pense à Ballou en train de frotter son dos contre un arbre. Moi aussi j’ai des puces à enlever ! La consigne devient une envie. Le sol, l'espace, les autres des partenaires compatissants et accueillants. Mon corps se réveille.

Nous partons de la salle. Nous devons traverser un chemin romain avec des pavés. La galère avec la chaise roulante. Mes pieds tombent, je suis ballottée dans tous les sens.

Les séances se succèdent. Pas trop l’impression de faire grand-chose. Tout se passe dans une lumière tranquille. Les balles, les bambous...

De toute façon, n'importe quelle effort physique est pour moi hors de question, je fatigue trop vite. Le mal dont je souffre n’a pas de nom, « on » ne sait pas ce que c’est mais depuis le temps, j'ai appris à le connaître et je sais que si je me fatigue je mets très longtemps à récupérer, que si je m’épuise, je ne récupère plus. Cette conscience dans les os, ces mouvements à partir des os me permettent six heures de travail, six jours par semaine. Mes muscles sont entraînés dans le mouvement. Pas seulement ça ne me fatigue pas, mais ils ont l’air de se fortifier sans fatigue.

Consigne, les omoplates. Le partenaire « comprend » les omoplates. Il suit les bords avec ses doigts, il la décolle, la fait vibrer. Quand je travaille les omoplates, des pensées viennent àmoi comme des météorites impitoyables ; larmes aux yeux. Non, attends, les pensées jaillissent de moi comme des météorites. Pas toujours facile à gérer.

Je suis en effervescence. Non, je crois que c'est plutôt de la colère. Quand j'en parle au moment du partage, Marie-Hélène me dit d'observer, de ne pas juger. Moi je n'ai pas envie d’observer et je juge déjà. Exploser, hurler. Mais depuis le temps qu'elle me dit d'observer, je crois que j'arrive à suivre cette consigne. Aussitôt j'ai l'impression d'être délivrée d'un poids.

Nous reprenons notre route romaine, élément incontournable de ce stage. Mes pieds ne tombent pas. Incroyable. Qu'est-ce qui a changé en si peu de temps ? On se regarde dans les yeux mes pieds et moi, ils me disent nous sommes à nouveau là, depuis le temps que tu nous avais oubliés. Je pense alors au repoussé contre le sol, à cette façon que j'ai eue de les frotter par terre jusqu'à ce qu'un cm² ne soit pas envieux d'un autre cm² ; il y a eu aussi le retournement de la jambe. Je suis couchée par terre, et le partenaire a une main sur le trochanter et l'autre sur la malléole externe. Il fait des petites vibrations, il tourne vers l'intérieur. Ce n'est pas facile, mes jambes font un somme depuis trop longtemps. À ce moment-là je sens qu'elles se réveillent. Je vois qu’elles ouvrent leurs yeux pleins de toiles d'araignée et se demandent le pourquoi du comment.

Quelle histoire. Je n'en parle pas au groupe. J'ai toujours eu du mal à le faire, à parler des progrès concrets qui ne sont que le résultat inéluctable d'un travail inéluctable.

Je rentre à la maison. Je remarque étonnée la vivacité des couleurs autour de moi. J'écoute les problèmes des autres et je me rends compte que je n’ai aucune difficulté à rester chez moi, dans mon corps et en plus je me sens bien. Inutile de fixer, heureusement tout change en permanence mais je savoure ces instants comme le plus précieux des cadeaux.

A. 09 2006


 

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